Ski dans les Alpes de Lyngen

Ski dans les Alpes de Lyngen, Norvège, avril et mai 2017

J1 à J7, La Grave, Ruuhijärvi, Lyngen

Départ de la Grave le vendredi 14 avril 2017 pour 6 jours de trajet en voiture.

Une fois l’Allemagne traversée, ce voyage me fera penser à un voyage à remonter le temps. Retour quelques mois en arrière, en hiver, au fil des jours qui passent. Un pause de quelques heures à Stockholm le lundi 17 avril, lundi de Pâques, me fera penser à un jour de Noël à Toulouse, en plus froid!

Plus je monte au nord, plus le soleil est bas sur l’horizon, plus la température baisse et plus les jours s’allongent.

Ce lundi 17 avril je dors proche de Sundvall, dans mon fidèle Nissan Terrano nommé Carlos.

Je me réveille mardi 18, il est 5h30 du matin. Le soleil est déjà au dessus de l’horizon et il fait -8°C. La campagne qui m’entoure est blanche de gel.

Ce réveil matinal me donne la possibilité de rejoindre Ruuhijärvi dans la journée, 900km à parcourir.

Cette étape est superbe, j’ai quitté les grandes agglomérations Suédoises, le neige et la nature sont de plus en plus présentes.

Depuis le départ je remorque le chapiteau de Jenni, 1000kg. Pas écologique mais pas vraiment d’autres choix pour Jenni et sa compagnie. Cette remorque me limite à 90 km /h, et ses feux arrière ne s’allument pas , je ne peux donc pas rouler la nuit. Bah il fait de moins en moins nuit…

J’arrive à Ruhhijärvi à 18h00 le mardi 18, je dépose le chapiteau et file chez Pentti qui m’attend.

Ce soir ce sera Sauna, deux bières et au lit. Il est 22h00, le soleil va se coucher.

Vendredi 21 avril.

Je pars de Pello à 10h 00 du matin. Sur mon gps de route, il est indiqué arrivée dans 450km, prenez la prochaine à gauche dans 406 km!

Enter Pello et Lyngseidet, je vais traverser 2 « villes » : Monio et Kilpisjärvi. L’étape entre ces deux villes fait 130km, et il n’y a rien à part la route, s’en est angoissant. Il fait -5°C, beau temps. J’arrive vers 16h00 à Lyngseidet. La lumière est extraordinaire. Je prends mes skis et mets les peaux de phoques pour une sortie de 600m de dénivelé dans un endroit que je ne connais pas du tout, j’y vais à vue.

 

Je ne le sais pas encore mais cette façon de faire du ski sera celle que j’adopterai durant tout mon séjour ici. J’irai durant ces trois semaines là ou mon instinct et mes yeux me donnerons envie d’ aller.

Je redescends de cette première sortie et je ne sais pas vraiment quoi faire. Je suis bien là où je suis et je pense à m’y poser pour la nuit. C’est juste que je ne sais pas vraiment où je suis. Je suis trempé de sueure et je n’ai pas mangé depuis mon départ. Je regarde ces montagnes et cette mer. Si je veux profiter il me faut des cartes et mon GPS.

Samedi 22 avril.

Je retrouve des collègues guides à Tromso, Max et Olivier ( il a mon GPS…avec lui ).

Ils sont avec des clients, ce sera l’occasion pour moi de faire le client. On fera une superbe sortie à coté de Tromso. Il est tombé 10cm de neige froide dans la nuit.

On fera ensemble le Tromsdalstiden ( 1238m), le gros sommet qui domine Tromso, faisable en bus depuis le centre ville.

Dimanche 23.

Je me réveille doucement, je suis fatigué de la journée d’hier. Je n’ai rien prévu aujourd’hui si ce n’est un rdv avec Jimmy, guide, à Nord-Lenangs en fin d’aprem.

J’en profite pour finir ma compta le matin et je pars en direction de mon point de rdv. Le coté ouest des Alpes de Lyngen est magnifique. Les possibilités de ski sont incroyables. Je fais un petit tour de repérage en ski au dessus de Jaeger-vatnet. La neige est bonne et il fait bien froid. Un vent d’est bien soutenu accentue ce froid, mais surtout transporte la neige récente.

Nous sommes fin avril mais les conditions actuelles sont des conditions hivernales. La neige est froide, commence à se transformer dans les versants sud exposés. Il y a dans beaucoup d’orientations des signes d’instabilité du manteau neigeux: de nombreuses plaques sont parties dans les pentes raides à l’ombre, au pied des faces et des couloirs.

 

Mon rdv est absent, il est 19h00, le ton est donné, je vais vivre mon voyage et mes instants ici sans contraintes.

Lundi 24,

Je monte à Kvalvihytta, ou Sjollihytta. La cabane n’est pas très loin de la route, environ 45 min. Après mon installation dans cette charmante Cabane, je monte repérer les conditions sur les flancs  sud ouest du Kvalvikjellet. La neige « réchauffée » durant de longues heures d’un soleil bien présent qui ne chauffe pas  ( il fait 0°c à l’ombre ) est parfaite, Parfaite : je n’ai jamais skié une neige de « printemps » de cette qualité ! Ce repérage est un vrai plaisir, je suis seul dans ces montagne, la lumière est magnifique, ce que je vois  me présage du bon pour la suite.

L’objectif de demain sera le Rundfjellet (1413 m), versant nord.

Je rentre à la cabane, je fais du bois, un feu et j’en profite pour faire chauffer une grande quantité d’eau ( prise dans la rivière non loin ). Cette eau sera ma douche, à l’ancienne. Assis sur un tabouret sur la terrasse ouest de la cabane, à la louche et à la bassine. Il fait toujours 0°C, un léger vent frais me force à écourter ce moment de confort, c’est ma première toilette depuis 5 jours.

En fin d’après midi j’ai la visite de Emile et son amis, les garants de la bonne santé de cette cabane. Ils sont venus apporter une bouteille de gaz neuve. Je vis ces quelques instants et me sens privilégié de partager avec ces autochtones forts accueillants. On discute un moment, je pose beaucoup de questions sur le climat dans ces montagnes, le neige et la vie locale. Ils me répondent très chaleureusement, j’apprends beaucoup en peu de temps. Puis ils redescendent. Je me retrouve seul à nouveau. C’est magique.

Mardi 25.

Je quitte le refuge vers 9h00, les conditions sont parfaites, il fait -6°C, je monte à mon rythme. J’avais prévu de rester sur les itinéraires classiques, mais les conditions me rassurent et je ferai le sommet du Rundfjellet par son « épaule »  ouest en aller et retour. Je skie du sommet à la rivière sans pose ( juste une pour la photo ), à mon rythme, je vais là où je veux aller, en lisant le terrain, ça va vite, je n’ai qu’à moi à penser et faire attention, c’est génial.

 

Ce sera ma façon de skier durant tout le séjour : en glissant de manière continue et souvent très vite, sans pauses, du sommet  à la vallée.

Il est 12h30 quand j’arrive à la rivière. Je remonte alors au Kvalvikfjellet (1278m), où je retrouve la même neige de printemps que la veille. Je rejoinds Sjollihytta vers 15h. Petit repas, petite sieste puis je redescends à Lyngseidet.

Mercedi 26.

J’avais prévu d’aller bivouaquer quelque part dans la partie nord est des Lyngen , avec pour objectif de découvrir un massif isolé au centre, le Skaidevarri ( 1158m).

Je passe à l’office du tourisme et j’apprends qu’il y a une cabane à l’endroit ou je doit aller planter ma tente. Ma tente attendra avant de sortir de son sac. Je fais deux aller retour voiture-cabane pour pouvoir être confort ce soir et skier avec mon sac air bag.

Ce soir là je rencontre deux locaux forts aimables qui traversent les Alpes en 6 jours. Un photographe, écrivain et aventurier et un pote à lui. On discute un moment et ils me proposent de venir avec eux le lendemain. J’accepte et je prépare mes affaires pour skier le Tafeltinden ( 1395m) . C’est de ce sommet qu’est issu le plus grand glacier de la partie nord des Alpes de Lyngen, le Strupbreen.

On ( ils surtout) décide d’un départ à 8h00 le lendemain.

Jeudi 27

Finalement ce sera 9h30…je me dis que la journée va être longue. Mais une fois partis, ces deux Norvégiens chargé avec 25 kg chacun donnent le ton : ce sera à grandes enjambées…Ils ne trainent pas, ne se plaignent pas ni du soleil, ni du poids, ni de la fatigue, de rien en fait, le rythme est  soutenu. Cependant, on fait plusieurs pauses, assez longues, tout au long de la montée, dont une ou l’ un des deux entame une petite sieste.

Moi qui suis toujours plutôt pressé et du genre à ne pas m’arrêter, j’hallucine.

Mais je réfléchi et me je me dis qu’après tout, c’est lui qui a raison. La météo est parfaite, le neige ne change pas en cours de journée, et il ne fera pas nuit avant…l’automne prochain. Alors pourquoi ne pas en profiter… vraiment ?

On a bien profité, moi d’eux pour leur sympathique compagnie et eux de moi pour la trace et l’itinéraire.

Je suis dans en pays qui n’est pas le mien, je ne connais pas ces montagnes que je découvre, je ne connais pas ces deux skieurs forts sympathiques, mais lorsqu’ils me disent au col qu’il faut descendre à gauche pour atteindre le sommet et que je sais qu’il faut aller à droite en montant, le conflit est court et nos chemin se séparent.

Je les retrouverai peu après non loin du sommet, ils reconnaissent ouvertement et leur erreur,  j’ apprécie leur franchise, ils me disent qu’ils ont aimé ma trace, ma lecture du terrain, de la carte, et  que j’ai dû passé beaucoup de temps en montagne pour connaitre tout ça.

Nous nous séparons au sommet, eux continuent leur traversée et descendent par le Lenangsbreen, moi je retourne sur mes pas.

Arrivé en bas, au milieu de Russedalen vallée, une neige parfaite, une glisse parfaite, une lumière extraordinaire, un seul être humain, un troupeau de rennes qui passe, je me dis que je vis un rêve.

Ces moments, je ne les partagerai avec personnes.

J’arrive à la cabane vers 15h, je fais chauffer de l’eau et ce sera ce soir toilette, à l’ancienne encore mais cette fois sans vent.

Vendredi 28,

Jour de repos et de transition. Je repars à Tromso pour retrouver Max, Olivier et leurs clients.

Je quitte les Lyngen pour quelques jours. Ils annoncent du mauvais temps et vue la topographie du massif, je sais que si il fait mauvais je ne pourrai rien faire. Je décide de poursuivre ma route vers Senja dès dimanche soir.

Ce week end, c’est grand luxe. Je loue une petite cabine tout confort au camping de Tromso. Je vais là car il y a un super Sauna.

Samedi 29

On part de Tromso pour le Gabrielfjellet, magnifique sommet dans un massif entre Tromso et les Lyngen . Plus je monte et plus je me rends compte du potentiel énorme de ce sommet. Un montée de 1000m en versant nord, abouti à une arête qui mène au sommet. Et cette arête donne accès à un nombre de couloirs hallucinant pour une seule montagne, en versant est ou ouest. A l’antécime, on ne fera pas le sommet qui est trop technique pour le groupe, j’en parle à Olivier et je file seul dans le versant ouest. Même méthode, sans pause de haut en bas. Le rapport temps de montée temps de descente est très faible, mais le plaisir est incroyable.

Dimanche 30.

Je repars skier avec Olivier et ses clients. On skiera un couloir orienté ouest à 40°, issu d’une antecime du Sultindan ( 1120 m).

La météo est en train de changer. De l’air humide et plus doux arrive à grand pas. La journée se passe dans le jour blanc. Le couloir est très esthétique, mais la neige à pris le vent dans le haut et n’est pas si bon que ça à skier.

Je décide de passer la semaine qui suit à Senja. Je prends la route le soir même.

Lundi 1

Il a neigé quelques cm de neige humide cette nuit, et la neige tourne à la pluie aux premières heures de la journée. Vers 10h du matin il pleut abondemment. C’est cuit pour tout projet sur Senja. La neige est détrempée et toute tentative de sortie serait équivalente à une baignade en piscine. Vues les températures annoncées pour la semaine ( entre +2 et +8° ), ce n’est pas la peine de rester par ici.

Senja est un très bel endroit, la cote est bordée de montagne de faible hauteur qui plongent dans la mer, mais je ne crois pas que ce soit un endroit qui me plaise pour skier.

Après une bonne sieste de 3h00  ( dans la voiture ) face à la mer de Norvège et sous la pluie bâtante je décide de retourner à Lyngseidet.

Mardi 2

Même type de temps ici. La meteo prévoit quelques éclaircies pour mercredi après midi, puis nouveaux nuageux et doux.

Je monte a Vardahytta. Il pleut, la neige est détrempée jusqu’au sol. Je n’ai pas de grandes ambitions pour le lendemain, je veux absolument rester dans des pentes inférieures à 25°.

La cabane est très chaleureuse et confortable, comme d’habitude.

J’ai une visite courte d’un couple de Norvegiens dans la soirée. Ils ont l’air pressés et ne s ‘attardent pas. Juste le temps de marquer leur nom et le nombre de passages réalisées dans la cabane depuis le début de l’année. Une fois qu’ils sont partis je jette un coup d’oeil dans le carnet et je lis que la dame en est à sa 128eme fois!    Chapeau.

Mercredi 3

Il pleut. C’est encore bien bouché et je me dis que je ne vais pas sortir. Au cours de la matinée le ciel se dégage un peu et je prépare mes affaires. Je quitte la cabane vers 10h00 en direction de l’Istenden. Un beau sommet au versant est plutôt tranquille. Sur les 300 premiers mètres de dénivelé la neige est pourrie et j’hésite à continuer. Le pentes sont courtes mais quelques talus sont malgré tout bien raides. Si le soleil se mets a chauffer ça, tout peut descendre.

Je trouve finalement un passage plutôt sûr et j’atteind le plateau à 400m d’altitude. Le ciel se déchire et la neige est bien meilleure, plutôt froide, la pluie ne l’a pas affectée. L’ambiance est totalement différente et je suis bien content d’avoir tenté une sortie.

Finalement une pente un peu trop raide me fait faire demi tour sous le sommet de l’Istenden. Il est tombé par endroit 1 mètre de neige. Il fait +2°. Le vent souffle en tempête sur les hauts sommets,

Je suis seul dans cet endroit et personne ne sais où je suis, je redescends à la cabane. J’aurai finalement fais du très bon ski. Je reviendrai j’espère achever cette ascension de l’Istenden. Peut être par son versant sud, plus skiant, ou en traversée est ouest…

Jeudi 4

Le temps est nuageux et le risque d’avalanche est passé à 3 sur une échelle de 5, ça veut dire marqué.

Je décide de rester en bas. je ne sortirai pas les skis. J’ai vu hier ce que la perturbation à changé et je n’ai pas forcement besoin d’aller voir ni envie de skier aujourd’hui. Il fait encore plus doux et le vent se renforce.

Pour moi c’est un des scénarios qui me convient. Bien sûr le vent forme des plaques, mais la température douce d’aujourd’hui peut jouer le rôle de stabilisateur dans quelques jours.

La météo prévoit un temps mitigé jusqu’a dimanche, puis du beau temps plus froid. Ce serait parfait. Je passe la journée au bord du fjord, un rayon de soleil dans l’après midi réchauffe fortement l’air. La neige humide du bord de mer fond à vue d’oeil. On dirait bien que l’hiver arctique prends fin.

Vendredi 5

Je suis remonté à Kwalvik, dans le but d’aller faire le Pollfjellet et pourquoi pas tenter le beau couloir bien visible de la vallée.

Il fait 10°C et couvert quand je pars de la voiture. la neige est pourrie. Je m’en doutais, mais je sais que à  partir de 500m tout devrait aller mieux. Je fais une petite pause à Sjollihytta puis je continue mon chemin vers mon objectif. J’arrive sur le plateau, vers 450m d’altitude, et la neige n’est pas meilleure qu’en bas. Le soleil à réchauffé la neige humide qui est tombée lundi et mardi. Depuis la température n’a eu de cesse d’augmenter et le résultat donne une pate collante inskiable. C’est pas grave, je renonce au couloir et au sommet mais je suis bien heureux d’être là une fois de plus. L’ambiance est impressionnante. de gros nuages gris débordent de l’ouest et commence à traverser les Alpes de Lyngen. La température commence à chuter et le vent tourne au nord, la mer est couleur argent, je me demande comment doit être la vie à Lynseidet au coeur de l’automne.

En descendant je reprends la météo. Ca devrait durer encore quelques jours…

Samedi 6

Il fait gris et froid avec de faibles chutes de neige. On est repassé sous 0°C.

Aujourd’hui je ne sors pas les skis. J’en profite pour me reposer et préparer mes sorties à venir. La météo prévoit mauvais temps jusqu’a dimanche soir puis une belle amélioration se dessine avec du froid. C’est parfait, en fait le scénario idéal puisque ce froid va tout stabiliser et la petite chute de neige recouvrir toutes les traces. En plus j’ai l’impression que le village s’est vidé, que les skieurs sont partis.

Les conditions sont défavorables depuis maintenant 6 jours consécutifs

Pour l’instant je patiente, le temps est parfois un peu long et le paysage un peu monotone. Mais maintenant, à force de regarder la mer je crois savoir à quelle heure il bon de pêcher dans cette petite anse de Lyngseidet…

Demain j’ai prévu de monter à Fastvalhytta. Je voudrais skier ce beau sommet du Skaidevarri.

Dimanche 7,

A 8h00 il neige et il fait -2°c à Lyngseiedet, je remonte à Fastvalhytta. Sur le parking je croise 3 français qui en descendent. On discute un moment et j’apprends qu’ils sont arrivés samedi 29, au début de la dégradation météo, ils doivent rendre la voiture et prendre l’avion ce soir. Le temps de discuter et le ciel se déchire, en quelques minutes il fait grand beau, ils claquent la porte de la voiture, bien sûr…la météo n’ était ni bonne ni mauvaise, elle était défavorable à la pratique de notre loisir, il ne fallait pas être là au mauvais moment ni être pressé pour en profiter. Facile à dire…

Je monte à la cabane et je crois rêver, la montagne est vierge de traces et la neige est poudreuse et légère.

Ce soir, j’ai la visite de 4 skieurs qui traversent les Alpes de Lyngen: un Finlandais et trois Canadiens. Je suis seul quand ils arrivent, la cabane est chauffée, j’ai fait ma toilette dehors. Les canadiens parlent fort mais sont très aimables et amicaux avec moi. Le finlandais s’excuse de me déranger, d’arriver tard et si nombreux. Il s’appelle Likka. nous passerons la soirée à discuter et nous connaitre. Il y a kyle, Michael et Jamie. De fil en aiguille j’apprends que Jamie connais des personnes de La Grave, que Likka connais un tel qui à été pour temps à la Grave, que Kyle et Michael ont skié dans beaucoup d’endroit du monde mais pas La Grave et qu’ils veulent y aller… Mais incroyable, après toutes ces discussions autours du monde du ski… j’apprends que Likka a un lien de parenté avec une personne né à Ruuhijarvi, le village de Pentti Kallo, le village où la famille de Jenni à ses racines, et cette parenté s’appelle Veio Kallo. Et ben là je rêve éveillé, quelques heures plus tard je m’endors et je crois que j’ai bien ronflé cette nuit là.

Lundi 8 mai,

Il neige encore, il est tombé 20cm de plus cette nuit et je trouve que ça commence à faire beaucoup…A 15 H le temps s’éclaircit, avec Kyle et Mike, nous nous décidons à sortir et faire un tour du coté de Skaidirvarri.. On skiera une belle pyramide qui fait l’angle du massif, la fenêtre meteo est belle et la neige est magnifique, je ferai ce jour là une de mes plus belles traces de ma vie de skieur.

Le Runsjfellet est sur le chemin de notre retour, nous sommes au sommet à 20h, il fait -6°C, nous sommes le 8 mai.

Mardi 9 mai,

Il fait beau et le petit matin est  bien froid. Mes compagnons sont cette fois partis à droite et moi à gauche . A 10 h le soleil est haut dans le ciel et maintenant il « chauffe ». La neige se transforme vite et la trace de montée dans cette jolie pente devient pénible. La neige colle sous mes skis, les pentes autours de moi se purgent. Je suis, il me semble à l’abris, mais pas tranquille, je continue.

Maintenant la petite lumière rouge est allumée. Je suis à mis chemin vers un terrain sûr, en haut ou en bas. Je ne peux pas accélérer vers le haut car j’ai trop chaud, la neige colle , je ne peux pas non plus foncer tête bessée n’importe où, je ne sais pas si rebrousser chemin maintenant est la bonne solution.

La bonne solution je ne l’ai pas là, et il faut qu’elle vienne.

Pourtant je suis seul, elle devrait être rapide à prendre. Je n’ai que moi à prendre en compte. C’est là que que je m’arrête, regarde, me pose quelques instants, la neige roule partout autours de moi, la neige est réchauffée par un soleil qu’elle n’ a pas encore vraiment vue , une crue avalancheuse va avoir lieu.

Je suis dans un immense cirque au fond duquel il y a un lac.

J’accélère et vise le Col sous le sommet, j’enlève mes peaux, je descends, j’ai bien repéré la descente et je skie vite. Je suis en bas, au début du déversoir du lac, je me retourne, une coulée issue du versant nord effacera ma trace.

Ce soir là je serai à Lyngseidet, la météo s’annonce belle.

Mercredi 10 mai,

J’ai prévu de faire un beau sommet dans les jours qui viennent, sur le versant ouest de la partie nord des Alpes.

Lorsque j’arrive avec Carlos tout est plâtré de neige, je rebrousse chemin et vais en direction d’un  des objectifs que j’ai imaginé possible grâce au topo livre. Lorsque j’arrive au point de départ, il y a déjà deux voitures garées et à l’oeil 4 skieurs dans la pente, il fait gris, tout le monde va viser la neige froide, sur le versant nord. Trop de monde au même endroit.

Je file.

Je  vais à Furuflaten je voudrais skier ce beau couloir du Pollfjellet et je fais l’approche depuis Lyngsdalen, plus skiante j’imagine.

Le bas de la vallée est long et pas très accueillant, ravagé pas les avalanches et les crues, style Oisans. Je trouve un passage pas trop penible pour traverser la rivère et sortir de la foret.

La neige en versant sud est magnifique, mes efforts sont hyper efficaces grâce à ces conditions et je ne ressent aucunes pertes d’énergie dans mes mouvements, j’arrive au sommet sans une goutte de sueure.

Mais le temps se couvre, je sais qu’il me faut y voir si je veux trouver l’entrée du couloir. Je compte sur ma bonne étoile et arrivé au sommet, j’ai droit à une belle éclaircie.

Je traverse le sommet et prends tout mon temps pour observer le couloir et me préparer.

Il y a une grosse accumulation de neige soufflée à l’entrée. Un genre de gros ventre de neige comme on aime pas. Je regarde bien, il y a moyen de skier dessus, peut être sur le coté.

Je chausse, je regarde autours de moi et je plonge dans le couloir. Dès les premiers mètres je sens sous mes skis non pas de la neige mais comme de la glace. Oups, la neige ne s’est pas posé ici, en dehors de ce ventre, après la pluie de mardi. Certainement à cause du vent et du froid.

Mais là c’est trop tard. J’y suis j’y vais. Plus le couloir est raide plus la neige est dure. C’est le rêve de l’alpiniste mais pas du skieur. Je regarde bien tout ce qui m’entoure . Le couloir doit être à 40°, 45° sur 300 m. Je réalise que je n’ai à gérer qu’ une chute potentielle et je suis bien sûr que ça ne va pas arriver aujourd’hui. La situation dure un certain temps, je descends, et dès que je sens que la neige devient accrochante, je mets les spatules de mes skis vers le bas. La base de couloir est en poudreuse et je termine en grandes courbes, dans une neige de plus en plus profonde,  jusqu’à son pied. Je m’arrête, enlève mes skis, les mets sur mon épaule droite, regarde le mauvais temps arriver et marche en direction d’un rocher non loin du couloir, je m’y assoi un moment.

Bientôt ma trace sera balayée par le vent, recouverte de neige, qui sait, et moi je ne serai plus là…

La suite de la descente se fera dans une une forêt magnifique, sous une chute de neige, j’ai à peu près repéré l’itinéraire, mais j’avoue que mon objectif est la rivière, sans plus. Je me laisse glisser dans cette forêt hyper serrée sur une neige très facile à skier, jusqu’à un chemin enneigé puis un pont traversant la rivière et qui me ramènera à Carlos. Il y a des jours comme ça…

Ce soir là j’avais prévu de remonter dans une petite cabane non loin du parking, en versant est du  Fastdalistinden mais finalement je prends la route en direction de la partie sud ouest des Alpes de Lyngen que je n’ai pas encore visité.

Jeudi 11.

je n’ai pas vraiment d’objectif pour aujourd’hui, ici les sommets sont bien plus raides et les vallées plus profondes. Je rentre dans la vallée de Ellendalen et monte au sommet du Ellendaltinden.

Cette vallée est magnifique, et la face nord du Langdalstindane est impressionnante.

Il y a plein de possibilités pour faire du très bon ski dans toutes les orientations. Ici je suis à l’écart des fjords, dans les terres et je ne vois pas la mer la plupart du temps, c’est le seul point négatif.

La neige est changeante mais les conditions sont agréables à skier. Ce sera une belle journée de repérage du coin.

Vendredi 12

Je pars vers 10h du matin en direction da le magnifique pente ouest du Fugldalsfjellet. Cette pente je l’ai reperé hier en passant devant en voiture. Un magnifique pan incliné qui n’abouti pas au sommet et donc oublié de la plupart des skieurs.

Le pied de la pente se trouve une forêt absolument magnifique, dans une neige qui porte pour le moment. La pente devient vite raide et la neige dure. Je suis obligé de chausser mes crampons et mettre mes skis sur le dos pour être plus efficace.

Bientôt j’arrive sur l’arête ouest issue du sommet et ma progression se transforme en alpinisme facile. Mais le neige à changée. J’évolue versant sud de l’arête dans une neige poudreuse chaude qui colle sous les crampons et qui part en « escargots » dans la pente. Je retrouve des conditions de températures et d’incidence du soleil que l’on a souvent dans nos Alpes. Ici en mai, le soleil est bien haut, de 10 h à 18h.

Je continue autant que cela me semble raisonnable mais je passe beaucoup de temps a observer la pente qui est à ma droite et que je vais skier. Je ne monte pas très vite et la neige en bas doit déjà transformer doucement.

Je n’atteindrai pas le haute de la pente et ne la skierai pas en entier. J’ai des doutes sur la stabilité et la partie du haut est raide ( 35 ° environ, plus sous la crête ).

Après m’être posé deux cents questions, je décide de m’arrêter et d’enlever mes peaux.

Je ski au début avec de l’appréhension, il ne faudrait pas que je fasse partir un plaque ici, elle me trainerai facilement jusqu’en bas.

Après mes premiers virages cette appréhension disparait. Je skie dans 10 cm de poudreuse au centre de la pente. Sur le bord droit la neige est dure, a gauche elle est molle.

La pente se raidi et la poudreuse disparait pour laisser place à la même « glace que dans le couloir du Pollfjellet, je la quitte alors à gauche en traversant rapidement . Je skie sur l’épaule droite avant de repartir dans la partie basse de la pente et atteindre la forêt, la rivière puis la voiture.

Ma descente m’aura bien fait réfléchir et me laisse un peu d’amertume mais je suis en bas, et le ski que j’ai fait aujourd’hui à été d’une qualité exceptionnelle. Certainement un des meilleurs de ma vie.

J’arrive à la voiture vers 15h00, il fait grand beau et je savoure cette fin d’après midi au bord du Fjord.

 

 

 

Ce soir je prendrai la route du retour. Quelque chose me dis que j’ai assez joué, quelque chose me dis que je n’en ai pas assez fait, quelque chose me dit que je reviendrai.

 

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